Thursday, February 22, 2024
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Mort de Nahel : en refusant d’appeler au calme, LFI joue la surenchère à gauche

by Robert Braud
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Si la France Insoumise refuse d’appeler au calme, les autres responsables de gauche sont sur une ligne plus modérée tout en dénonçant les violences policières.

Jean-Luc Mélenchon a retrouvé sa verve, au risque de jouer le pourrissement. Au lendemain de la mort du jeune Nahel, tué par un policier après un refus d’obtempérer et après deux nuits d’émeutes urbaines, le leader de la France Insoumise (LFI) n’est pas sur une ligne d’apaisement.

Dans un premier tweet, il a vilipendé les « chiens de garde [qui] nous ordonnent d’appeler au calme ». Dans un second publié jeudi, il s’en est pris au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui avait lancé « Honte à ceux qui n’ont pas appelé au calme » au lendemain de la deuxième nuit d’émeutes. « Honteuse récupération politique de Darmanin qui se défausse de ses responsabilités dans la dérive de la police en accusant les Insoumis. Politicien lamentable, incapable, irresponsable », a-t-il écrit.

« Je n’appelle pas au calme, j’appelle à la Justice »

Jean-Luc Mélenchon entraîne toute une lignée dans son sillage, notamment au sein de la jeune garde de LFI, au risque de jouer la surenchère. « Je n’appelle pas au calme, j’appelle à la Justice. C’est ça l’enjeu, c’est la Justice. Les appels au calme, c’est facile », a déclaré le député David Guiraud mercredi sur BFMTV. Un autre député LFI, David Léaument, a estimé qu’il « n’était pas question qu’on appelle au calme ».

Ces prises de position radicales ont suscité la colère de la majorité, attaquée sur un autre angle par la droite et l’extrême droite qui demandent l’instauration de l’état d’urgence, comme lors des émeutes de 2005. Elles sont aussi dénoncées par la droite. Tout en réclamant la mise en place de l’état d’urgence , le patron des Républicains, Eric Ciotti, a estimé que « l’extrême gauche porte une très lourde responsabilité car elle a clairement appelé à l’émeute ».

« Appeler au calme parce qu’une enquête est en cours pour Nahel c’est ignorer le problème. C’est le 13e mort en 1 an pour refus d’obtempérer. S’il n’y avait pas eu de vidéo, il n’y aurait pas eu d’enquête. Si le gouvernement veut l’apaisement il doit prendre des mesures générales », a estimé de son côté la députée LFI Alma Dufour.

Fractures à gauche

Mais cette radicalité, coutumière au sein de LFI, est loin de faire l’unanimité à gauche. Tant Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, que Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti Communiste ont dénoncé les violences et, pour le second, appelé explicitement au calme.

« Ma responsabilité d’élu est évidemment d’appeler au calme, car rien ne se règle par la violence, mais ma responsabilité d’élu est aussi de comprendre la colère et d’appeler à la vérité et la justice pour Nahel », a estimé de son côté Stéphane Troussel, le président socialiste du département de Seine-Saint-Denis, où de nombreuses cités ont été le théâtre de violences.

D’accord sur l’objectif, pas sur les moyens

Si les membres de la Nupes, l’alliance de gauche mise en place pour les élections législatives de 2022 regroupant les Insoumis, les socialistes, les écologistes et les communistes, sont sur une même ligne pour dénoncer les violences policières et revoir la loi de 2017 qui a assoupli le cadre légal d’usage de leurs armes par les policiers, ils se divisent, une fois de plus, sur l’attitude à adopter.

Partisan d’une VIe République, Jean-Luc Mélenchon est régulièrement accusé de vouloir « bordéliser » la vie politique pour mettre à terre la Ve République qu’il honnit. S’ils ne sont pas hostiles à de profonds changements institutionnels, les autres partis de gauche jouent les règles de l’actuelle République sans vouloir la déstabiliser. L’objectif est partagé – dans le cas présent, une revue du sol au plafond des méthodes policières – mais la voie pour y parvenir est loin de faire l’unanimité.

Cette fracture avait déjà été constatée pendant la contestation contre la réforme des retraites , la radicalité de LFI faisant tiquer les autres partis de gauche même si tous militaient pour le retrait du projet de loi. Après avoir traité « d’assassin », le ministre du Travail, Olivier Dussopt, le député LFI Aurélien Saintoul s’était vu critiqué au sein des bancs de la gauche. Idem quand le député LFI Thomas Portes avait publié une photo ou il mettait le pied sur un ballon à l’effigie du même Olivier Dussopt. La radicalité entretenue par LFI n’entraîne pas les autres membres de la Nupes et donne des angles d’attaque au gouvernement et à la droite contre le parti de Jean-Luc Mélenchon, accusé de vouloir semer le chaos.

Source: Les Echos

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